Mémoire d'une nuit d'orage de Nancy Pickard.
Oh là là !
Au cours des derniers mois, j'ai tenté de lire Monica de Zafon...Oh là là !
J'ai aussi découvert la Cabane de l'Enfer de Chevy Steevens. Hum...Oh là là !
Et puis donc...Mémoire d'une nuit d'orage. Dans le premier chapître, Jody, qui a vingt-six ans, couche avec Red, qu'elle n'aime pas, qui est roux et a un corps de cow-boy. Elle couche avec lui parce que c'est le seul mec du coin qui ne soit pas de sa famille. Elle veut éviter la consanguinité. Arrivent les trois oncles de Jody. Red s'éclipse et les trois oncles apprennent à Jody que l'assassin présumé de ses parents, Billy Crosby, a été libéré grâce à son fils, Collin, qui est beau, qui est jeune et qui a fait des études de droit.
"Da-al-las, ton univers impitoyable !"
À ce moment du roman, soit à la fin du premier chapître, on sait déjà que Jody, qui jusque là n'avait que Red à se mettre dans son lit (à moins de déménager ?), va finir avec Collin, qui a pratiquement son âge et qui est cultivé. Mais ce n'est pas très moral : on n'épouse pas le fils de l'assassin de ses parents ! Donc Billy Crosby n'a pas tué les parents de Jody. Forcément. Ce sera le coup de théâtre à la fin du bouquin. Même pas besoin d'un spoiler tant on le voit venir de loin, ce coup de théâtre-là...
Mais alors qui a tué les parents de Jody ?
La petite ville de Rose n'est pas très peuplée. Il y a moins de possibilités que dans un roman d'Agatha Christie. Ça se joue entre les trois oncles et Red.
Bref, une intrigue qui mériterait, à la rigueur, de finir adaptée dans un téléfilm pour l'après-midi, sur M6, avec des acteurs américains sur le retour. C'est bien mince.
En conclusion...Oh là là, pardi !
Crains le pire de Linwood Barclay.
Ces derniers mois, j'ai essayé, sans succès, de finir Marina de Zafon (très mauvais : ce qu'on s'ennuie !) et l'homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy (que je finirai peut-être...mais il ne semble pas valoir Quitter le monde du même auteur...)
Finalement, j'ai lu et fini Crains le pire. Le titre est mensonger : le pire, au niveau du contenu, n'était pas à craindre. Si je découvre cet auteur avec ce roman, il est probable que je lise ensuite Cette Nuit-Là ou Les voisins d'à côté, en espérant que ce ne soit pas comme pour Zafon, dont je ne retiendrai que l'ombre du vent, auquel j'aurais dû m'arrêter. Les 540 pages qui composent Crains le pire se dévorent. On se demande si Tim Blake, vendeur dans une concession d'automobiles, va retrouver sa fille, Sidney, dix-sept ans, partie un matin pour son petit boulot d'été pour ne plus revenir. Au-delà du suspense, l'auteur ne manque ni d'imagination, multipliant les rebondissements, ni d'humour. La galerie de personnages décrite est pittoresque ; on ne s'ennuie pas une seconde. J'aime particulièrement le détective privé, Arnold Chilton, qui finalement n'en est pas un ("Ce n'est pas un détective professionnel, Bob. Ni un spécialiste de la sécurité. C'est un foutu vigile."), et est envoyé par le narrateur, excédé à l'idée de perdre son temps, chercher une douzaine de beignets et six cafés...Il revient plus tard dans l'histoire ("C'était dégueulasse de m'envoyer chercher du café et des beignets !") et fait en un sens avancer l'enquête mais gagne tout de même la médaille du plus mauvais détective privé croisé dans un roman ! Il y a aussi le méchant flic des interrogatoires : son nom de famille est traître, car Marjorie est un violent....
J'ai toutefois été un peu étonnée de lire cette critique sur Babelio : "Tout simplement le meilleur roman de toute ma vie. Un régal." Crains le pire est certes un bon roman, mais ce n'est pas un chef-d'oeuvre. Il ne révolutionne nullement les codes du roman policier. Admettons toutefois que ce n'est pas le but de l'auteur, et que, si on veut passer un bon moment, c'est un excellent divertissement !
Murena : chapitre huitième "Revanche des cendres".
J'avais déjà consacré un article aux quatre premiers chapitres la série Murena de Jean Dufaux et Philippe Delaby. Malheureusement, le rythme de la série s'essouffle ensuite...Certes, les dessins de Delaby restent magnifiques, parfaitement colorés par Jérémy Pétiqueux mais on quitte Rome, on se rend en Gaule, on découvre de nouveaux personnages tels qu'Evix, et on a l'impression de s'éparpiller. Les scènes décrites sont également de plus en plus crues : violence, sexe, viol d'une vestale par Néron et l'affreux Massam, meurtres, scènes libertines : la bande dessinée n'est définitivement pas à mettre entre toutes les mains, et ces volumes en particulier. Quant à l'histoire d'Evix, de Balba et des druides fanatiques, je n'ai pas vraiment réussi à m'y intéresser. Au final, j'ai donc été déçue par l'ensemble : c'est toujours esthétiquement irréprochable, les corps d'Apollon et les paysages s'offrant comme autant d'œuvres d'art, mais au niveau de l'intrigue, j'avais l'impression que l'ensemble s'enlisait de plus en plus sous la Gaule enneigée.
Mais je viens de découvrir le chapitre huitième, "Revanche des cendres" : "Reste que ce ne fut pas une mince affaire que de traduire l'incendie de Rome sur presque tout un album." précisent les auteurs. On veut bien les croire. Mais cela a permis à la série de se recentrer sur Rome, de retrouver le souffle épique qui lui manquait. Cet album pourrait presque se lire indépendamment des autres, comme l'illustration la plus parfaite de l'incendie de Rome. Son personnage principal, le feu qui dévore cette réincarnation de Sodome et Gomorrhe, est superbement mis en images dans des images où les couleurs chaudes et orangées alternent avec les images grises, à l'image d'une situation politique qui mine les hommes. On pressent les châtiments dont vont être victimes les Chrétiens et on rencontre l'historien juif Flavius Josephe. Là où on se perdait dans les petites histoires, on retrouve la grande Histoire. Murena renaît de ces cendres-là, et cela laisse augurer un nouveau souffle épique. Tant mieux ! Cet album de transition permet de préparer une suite que j'attends avec impatience.
Les Visages de Jesse Kellerman.
Sans doute l'un des meilleurs livres qu'il m'ait été donné de lire ces derniers mois, voire ces dernières années.
L'auteur est né en 1978 : c'est son premier roman et pour un coup d'essai, c'est un coup de maître.
D'une part, c'est un roman policier mais qui s'amuse des lois du genre, les tenant à distance. Le personnage principal, également narrateur, Ethan Muller, tient une galerie d'art à New-York : "Ce livre est peut-être un roman policier, mais moi, je ne suis pas policier. "Il découvre un jour, fasciné, les dessins de Victor Cracke, un immense puzzle fascinant, et les expose. Mais un policier retraité le contacte suite à une photo de l'exposition qu'il a vue dans le journal : les visages des chérubins, sur le dessin n°1 de Cracke, sont ceux d'enfants tués quarante ans auparavant, tous morts étranglés entre 1966 et 1967... On n'a jamais retrouvé le meurtrier. Dès lors, serait-ce Victor Cracke ? Mais qui est Victor Cracke ? Un dessinateur génial et monomaniaque, un tueur en série ou comme le dit son voisinage, une personne inoffensive qui ne ferait pas de mal à une mouche ? Dans tous les cas, le narrateur, qui ne le connaît pas, part à sa recherche tout en recevant des lettres de menaces...écrites par Victor Cracke ? Alors que les réflexions sur l'art contemporain jalonnent le roman, étalage d'érudition heureusement jamais gratuit, et que l'on avance vers la solution de l'énigme et la résolution du puzzle (celui du livre tout autant que celui, labyrinthique, des dessins), l'auteur multiplie les interludes. On suit ainsi l'histoire de Solomon Mueller, "marchand de couleurs" qui a parcouru l'est des Etats-Unis avec sa carriole avant de rencontrer Isaac Merritt Singer, un comédien qui aime les histoires et finit par fonder une entreprise de machines à coudre (l'anecdote est originale...mais réelle). On rencontre ensuite le petit-neveu de Solomon, Louis, homosexuel contraint de se marier avec Bertha, qui prend les affaires familiales en main. On suit cela comme une saga en marge de l'intrigue policière. Le tout est stylistiquement irréprochable, pastichant par exemple allègrement l'Ancien Testament : "Et Solomon Muller renaquit sous le nom de Solomon Muller.
Et Solomon Muller engendra des filles qui épousèrent toutes de grosses fortunes. [...]
Et le benjamin, Simon, engendra Walter qui devint comme un fils pour Solomon [...]
Et Walter, fait de la même pâte que son oncle, engendra Louis.
Et Louis engendra la consternation lorsqu'il fut découvert en train de se faire faire une fellation par un commis de cuisine." (Bravo, au passage, à la traductrice, Julie Sibony, pour avoir su rendre le style, changeant, sinueux, de Jesse Kellerman ! L'auteur pastiche, s'amuse, évoque Jean Dubuffet ou L'Enterrement du comte d'Orgaz. Les amateurs de polars purs et durs seront peut-être un peu déçus (où sont passés les pistolets ?), les amateurs d'histoires sentimentales également (c'est un peu là où le bât blesse ; Ethan Muller tombe amoureux de Samantha alors qu'il est en couple avec Marilyn, mais ça n'ajoute pas grand chose à l'intrigue et les pages à l'eau de rose sont les pages les plus ennuyeuses...), mais en attendant, ne boudons pas notre plaisir : c'est quand même diablement original, bien mené, et j'espère que l'auteur ne s'arrêtera pas là ! Il me tarde de lire un autre roman de Jesse Kellerman.
Fille noire, fille blanche de Joyce Carol Oates.
Avant même de commencer cet article, je remarque que c'est le premier depuis février 2010 : le temps passe vite. J'ai été trop occupée depuis pour tenir mon blog, mais je compte bien me rattraper.
Fille noire, fille blanche est le premier roman de Joyce Carol Oates que je lis. Mais c'est un roman bancal. La trame principale a du mal à tenir la route, et ce, pour une raison fort simple : la narratrice, Genna Meade, est un personnage bien fade, sans réelle envergure, écrasée par l'ombre de la figure paternelle, l'illustre Max Meade, un célèbre avocat défenseur des droits civiques et surveillé par le FBI. Genna Meade, qui ne sait pas exister pour elle-même et vit courbée sous son hérédité, nous décrit sa première année universitaire et surtout sa camarade de chambre, Minette Swift, la fille d'un pasteur afro-américain, "distante", "réservée". L'ennui, c'est que Genna Meade n'a jamais compris sa camarade de chambre ("distante", "réservée", justement...). Elle n'a pas su réagir quand celle-ci se faisait humilier, et, pour tout dire, elle est passée à côté d'elle sans la voir, jusqu'à la tragédie finale. Aussi est-on dans le flou puisque le récit est écrit du point de vue d'une narratrice elle-même dans le flou...
Si on excepte ce défaut majeur, il faut néanmoins reconnaître que Joyce Carol Oates sait dépeindre les névroses de son pays. Quand elle évoque le Watergate, la Venus hottentote ou "Strange Fruit", le roman prend de l'élan. Quand l'auteur emprunte ainsi des chemins de traverse, on ne s'ennuie pas : ce sont au contraire ces digressions qui font tout l'intérêt de l'oeuvre, un certain regard sur l'Amérique. Mais c'est le regard de l'écrivain qu'on retrouve alors...En laissant sa parole à Genna Meade, narratrice qui ne fait pas le poids, je doute qu'elle ait fait le bon choix, d'où mon avis mitigé.
Quitter le monde de Douglas Kennedy.
Velvet en avait parlé il y a quelques mois sur son blog. Comme j'avais déjà remarqué la couverture de ce gros roman (492 pages, aux éditions Belfond), bien visible dans les librairies durant l'été, je l'ai réservé à la bibliothèque municipale début octobre...Le temps d'attente fut long ! Mais l'ayant enfin lu, il me donne l'occasion d'un billet, le premier depuis longtemps, sur mon blog.
Velvet commençait son article par "Quel livre magnifique !" Effectivement, il se dévore. Pour ma part, c'est le premier roman de Douglas Kennedy que je lis ; il ne m'a pas déçu. La quatrième de couverture m'avait pourtant fait craindre une histoire sentimentale, un mélo à l'eau de rose... "Jane, professeur à Boston,est amoureuse de Theo, un homme brillant et excentrique, qui lui donne une petite Emily. [...] Mais la tragédie frappe et Jane, dévastée, n'a plus qu'une idée en tête : quitter le monde."
Or le romancier a beaucoup d'imagination. Les destins se croisent ; les événements tragiques se succèdent. Mais il y a plusieurs intrigues. L'histoire de la narratrice, Jane Howard, connaît elle-même plusieurs revirements, qui la mènent dans plusieurs pays, lui font connaître plusieurs professions : enseignante à Boston, certes...mais durant une partie du livre seulement ! Trader ou bibliothécaire, l'héroïne semble connaître plusieurs vies même si la mort est toujours présente, en arrière-plan. Les personnages sont nombreux ; le roman nous fait pénétrer dans plusieurs univers. On remarque aussi l'érudition du romancier : Theo est cinéphile alors que Vern, le collègue bibliothécaire de Jane, est mélomane. Il est ainsi question de Dreyer, de Brukner, de Bergman ou de Mahler. La thèse de doctorat de Jane, les recherches de ses collègues universitaires, sont aussi l'occasion de brosser un panorama de la littérature américaine. Mais Douglas Kennedy procède par allusions, ne noie jamais la trame romanesque et son tempo rapide sous le flot de ses connaissances, pourtant très présentes.
Par conséquent, une excellente lecture, qui devrait même plaire aux amateurs de roman policier, puisque le roman, dans sa dernière partie, déploie ce dernier aspect, finissant de rendre cette oeuvre inclassable, mais indispensable.
Missak de Didier Daeninckx.
Cela fait quelques semaines que je laisse mon blog à l'abandon...Pourtant, j'ai lu quelques livres durant le mois de novembre comme le Dahlia Noir de James Ellroy ou les tomes 5, 6 et 7 de Murena ("le cycle de l'épouse") dont j'aurai l'occasion de reparler.
Mais place aujourd'hui à mon billet sur Missak de Didier Daeninckx aux éditions Perrin. Reçu la mois dernier grâce à l'opération Masse Critique de Babelio, que je remercie, ce livre m'intriguait de par son sujet : la lettre à Mélinée, le poème d'Aragon et, malheureusement, l'Affiche rouge, ont contribué à faire de Missak Manouchian un personnage mythique sur lequel j'étais curieuse d'en apprendre davantage. En revanche, je ne connaissais que de nom l'auteur du livre, Didier Daeninckx.
Au final, j'ai débord été très enthousiaste. On suit avec plaisir, dans un premier temps, les aventures de Louis Dragère, journaliste à L'Humanité, missionné en janier 1955 par le parti communiste pour retracer le parcours du héros de la Résistance. En outre, Didier Daeninckx s'est sérieusement documenté : Louis Dragère est ainsi passionné de cinéma, et les films qui passaient à l'époque sont ainsi évoqués, voire critiqués. Concernant l'enquête proprement dite, Louis Dragère est amené à rencontrer successivement Louis Aragon, le peintre Krikor Bedikian, Charles Tillon ou encore Henri Krasucki, et Daenickx parvient à faire revivre une époque.
Mais malheureusement, je n'ai pas pu ne pas ressentir une impression d'essoufflement au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture. De fait, les entretiens se succèdent, de café en restaurant, repas après repas, Louis Dragère en apprend toujours plus sur son parti politique ou sur la communauté arménienne pendant la Seconde guerre mondiale, mais le discours narratif finit par ployer sous le contenu informatif. Certes, on apprend des choses, mais au détriment de l'aspect purement dramatique. J'aime que la fin d'un livre, sa chute, soit ce qui me marque le plus. Ici, au contraire, le dénouement reste dans le prolongement, sans envolée lyrique... On dénombre même plus de trente noms propres sur l'avant-dernière page du livre. De fait, sur la dernière page, on peut lire l'extrait des strophes pour se souvenir" de Louis Aragon :
"Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline..."
Et l'on se dit alors que Daeninckx a su faire revivre le résistant, l'homme engagé, mais non le poète. Un livre instructif, en somme, mais qui manque cruelllement de souffle épique. Je suis restée sur ma faim.
Le magasin des suicides de Jean Teulé.
Troisième roman de Jean Teulé que je lis, après le Montespan et Darling, d'où la création d'une catégorie "Jean Teulé". Par rapport à Darling, c'est bien plus drôle, et ce n'est absolument pas réaliste. Il faut reconnaître cette qualité à Jean Teulé : ses romans se suivent et ne se ressemblent pas, malgré le style reconnaissable de l'auteur.
Dans la famille Tuvache, qui fait de la mort son fond de commerce depuis dix générations, il y a le père, Mishima, qui vend des sabres pour qui veut se faire hara-kiri, la mère, Lucrèce, spécialiste des poisons, le fils, Vincent, à la fois dépressif et fou(comme Van Gogh pardi !), qui aime les inventions macabres, la fille, Marylin, qui en grandissant devient diablement sexy, et puis il y a le petit dernier, Alan (on découvre plus tard le pourquoi du prénom) qui croque la pomme de la vie à pleines dents et sourit. Comme le reste de sa famille ne sourit pas et en est fière, ça entraîne quelques complications... Voir la vie en couleurs, c'est le secret du bonheur, et le commerce de la famille Tuvache prend progressivement des couleurs !
De fait, l'idée d'insérer dans une famille Tristus un petit dernier Rigolus qui dépare est vraiment amusante. Les autres dépriment ; lui rit. Entre malentendus et quiproquos, la farce macabre devient progressivement comédie. L'humour noir partout présent dans ce roman est particulièrement savoureux, pour peu qu'on aime les histoires bizarres et parfaitement imaginaires.
Pour ma part, c'est donc un roman que j'ai beaucoup aimé ! Comme Fersenette, je dirais que c'est "un petit roman bon pour le moral à lire entre deux gros pavés trop noirs" ! Et comme je lis beaucoup de gros pavés bien noirs en ce moment...
C'est un roman qui a déjà beaucoup été commenté dans la blogosphère. Je vous invite à aller lire l'avis de Moka, la carabistouille de Marie, la lecture commune d'Anneso, le billet de Constance (qui renvoie à plein d'autres billets !) et la pétale de Fleur. ^^
La cité des jarres d'Arnaldur Indridason.
Je voulais lire un roman d'Indridason par curiosité. J'avais lu la chronique de celui-ci, première enquête de l'inspecteur Erlandur, sur les blogs de Stephie et Pimprenelle. C'est un polar islandais, dont l'action se passe à Reykjavik, et les questions de génétique sont au coeur de l'ouvrage. Peu étonnant lorsqu'on sait que l'Islande a été secouée à la fin des années 90 par l'affaire de l'entreprise Decode, groupe pharmaceutique créé par Kári Stefánsson en 1996 dans le but de se servir des codes génétiques de la population de l'Islande, dont l'insularité et la position géographique ont évité le brassage génétique, afin de trouver des médicaments. Je renvoie à ce site : ici.
Le roman d'Indridason s'appuie donc sur des faits d'actualité, mais aussi sur la filiation, la transmission des maladies héréditaires, l'importance du père dans une société où les noms de famille sont "fils de" ou "fille de". Ainsi, le suffixe "-son" indique que l'auteur est fils d'Indrida, comme le suffixe "-dottir" indique "fille de" : le père de la chanteuse Björk Gudmundsdottir s'appelle ainsi Gudmunds.
Pour le lecteur français, la lecture du roman d'Indridason s'avère donc dépaysante et instructive. Géographiquement, l'action se situe entre Keflavik et Reykjavik ; on découvre aussi le quartier de Nordurmyri, qui "fait figure de village indépendant, ici, en plein centre-ville de Reykjavik", et qui est fondé sur un marais. L'inspecteur Erlendur Sveinsson a une bonne connaissance des psaumes et affectionne les livres qui parlent "de gens qui se perdaient et trouvaient la mort sur les hautes terres du centre de l'Islande". Divorcé, ce commissaire a des problèmes avec sa fille Eva Lind, qui se drogue, ce qui renforce les questions de filiation, et les questions autour du thème de la génétique, inhérentes au roman. En outre, Eva Lind soumet à son père une enquête annexe à l'enquête principale, dans la mesure où une de ses amies a disparu le jour de son mariage en laissant ces mots : "Il est dégoûtant, qu'est-ce que j'ai fait ?"
En revanche, j'ai été moins séduite par l'enquête principale, sur fond de trafics d'organes et de viols. L'homme assassiné, Holberg, se révèle assez vite une pourriture ; c'est également un violeur, et, comme par hasard, chaque femme qu'il a violée est tombée enceinte... C'est assez peu crédible, somme toute. Les collègues d'Erlendur, Elinborg et Sigurdur Oli, sont quelque peu caricaturaux, l'un parce qu'il est gauche, l'autre parce qu'elle reprend parfois Erlendur quand il lui semble aller trop loin pour résoudre son enquête. La clef de l'énigme est trop rapidement donnée, et ne reste plus ensuite, pendant les cent dernières pages de ce roman qui en compte 328, qu'à trouver où s'est caché l'assassin.
En conclusion, une lecture agréable, mais qui m'aurait sans doute paru banale si l'intrigue s'était déroulée en France, loin de l'univers des sagas et des fjords.
Question de l'être et beauté féminine de Jérémy Nabati.
Je ne cacherais pas être un peu déçue par ce roman, le premier de son auteur. La raison en est simple : trop de références littéraires. Le roman s'en ressent, ne parvenant pas à se défaire des oeuvres qui l'ont inspiré. Certes, faire référence aux chefs-d'oeuvre préexistants peut être un apport pour un livre, permettant des jeux de mots, des mises en abyme et autres effets d'écho, mais lorsque cette innutrition s'étale complaisamment, elle n'apporte malheureusement pas grand chose, hormis un effet catalogue. Aussi le héros du roman s'appelle-t-il Aldo, comme le héros du Rivage des Syrtes de Gracq, et dès la deuxième page lit-on : "Aldo a beaucoup réfléchi au prénom qu'elle pourrait porter [...] Vanessa ? Non, trop provocant." Référence à l'héroïne de Gracq qui souligne lourdement le trait au lieu de l'estomper.
De fait, la soixantaine de pages du roman, ou court récit, s'égrène en citations diverses empruntées à tel ou tel auteur, l'ensemble étant parsemé de blancs, et manquant cruellement d'inspiration - mais non d'innutrition. Nietzsche devient Quetzche, Sartre, Partre (comme dans l'Ecume des jours), et l'ensemble est un peu trop brouillon, sent trop le premier roman, pour être pleinement convaincant.
Après le roman, Comment errez-vous ? regroupe six courts textes sur une trentaine de pages. J'ai apprécié le premier, L'un l'autre farce eschatologique, pour son originalité, notamment au niveau de la typographie. En revanche, le début de Le temps de la pensée, "Longtemps je t'ai cherchée / Errant dans Césarée", ou le titre de "Ma vie textuelle (comment je me suis discuté)" avec sa référence trop évidente au titre du film d'Arnaud Desplechin, confirment la critique générale que j'adresse au livre : trop de références à d'autres auteurs tue l'écrit dans l'oeuf, comme s'il n'arrivait pas à voler de ses propres ailes.
Pour lire le billet de Pimprenelle, moins sévère que le mien, cliquez ici. Antigone, Bouh, Catherine, Iluze, Keisha et Saphoo ont également aimé.
Pour le billet de Velvet, tout aussi sévère que le mien, cliquez ici. Aline et Celsmoon n'ont pas apprécié non plus.
Merci à BOB pour m'avoir fait découvrir un nouvel auteur et une nouvelle maison d'édition, Aux forges de Vulcain, fondée en 2007, que je ne connaissais pas.
