oliver    Un petit bonhomme tristement accoudé au-dessus des toits...

La collection Ex-Libris, chez Delcourt, regroupe des adaptations de grands classiques de la littérature en bande dessinée.

 

Celle d'Oliver Twist déroute d'abord : sous la palette des coloristes, Isabelle Merlet et Jean-Jacques Rouger, l'ocre et le marron dominent. Le petit Oliver, sur la couverture du premier tome, a l'air bien triste.

 

Quand on ouvre la bande dessinée, les couleurs sombres, le trait en apparence mal assuré d'Olivier Deloye déroutent un peu. Toutefois, on s'y fait rapidement. J'aime particulièrement l'image d'Oliver Twist tenu en hauteur par la vieille Mamm : le bébé, né peu avant la mort de sa mère, dévisage la vieille dame qui le toise ("...L'est pas malade au moins ?") d'un air mécontent...et pour cause !

 

Il faut admettre qu'on s'attache vite au personnage d'Oliver Twist, l'air accablé sous sa casquette, orphelin le plus souvent au centre des images, comme il est au centre de deux mondes, le monde des riches et le monde des pauvres. C'est d'ailleurs parce qu'il est balloté entre ces deux mondes, vivant tour à tour parmi les misérables et parmi les riches, qu'il a intéressé le scénariste  Loïc Dauvillier. Oliver Twist est en effet le seul personnage mobile dans une société statique, mortifère, la société victorienne... une société dont les classes moyennes semblent absentes et qui ressemble à ce que pourrait devenir la nôtre. Dès lors, la question que pose la bande dessinée pourrait devenir d'actualité : "comment échapper à la faim et à la maltraitance sans devenir un criminel " quand on naît du mauvais côté ?

 

Trois tomes sont pour l'instant parus, que l'on dévore d'un trait : il y en aura cinq au total, de 48 pages chacun. On trouve au début de chacun une galerie de portraits, permettant de mettre facilement un nom sur les personnages, y compris secondaires : Fagin, Mr Bumble, Jack Dawkins, Mr et Mrs Sowerberry...Cette galerie est aussi utile que peuvent l'être les didascalies initiales dans une pièce de théâtre, d'autant que l'adaptation de l'oeuvre de Dickens en bande dessinée donne à l'ensemble un rythme soutenu.