Delicieuses_pourritures                  Je poursuis donc ma découverte de ce vaste continent qu'est l'œuvre de Joyce Carol Oates avec Délicieuses Pourritures (126 pages seulement. Plus une "novella" qu'un roman.)

                   J'ai retrouvé plusieurs thématiques déjà croisées dans Fille noire, fille blanche ou Le mystérieux Mr Kidder. En premier lieu, il y a beaucoup d'incendies. Ils s'inscrivent jusque dans les titres des chapitres : "les incendies". Je ne sais pas encore si c'est le cas pour tout les romans de Joyce Carol Oates. Je ne sais pas si cela peut s'expliquer à la lecture de sa biographie. Toujours est-ils qu'ils sont là, centraux.

                  L'héroïne m'a rappelé à la fois la narratrice de Fille noire, fille blanche et Katya Spivak. Ce n'est jamais ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même. Mais Gillian Bauer, à vingt ans, leur ressemble comme une sœur. Le climat, oppressant et malsain, s'apparente à celui du mystérieux Mr Kidder (mais l'histoire est encore plus glauque, finalement, parce que le personnage éponyme de ce roman-ci n'est pas si méchant...là où dans Délicieuses pourritures, on se souvient vraiment des ogres et des sorcières des contes). L'action se déroule dans un campus féminin, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1970, ce qui rappelle plus Fille noire, fille blanche.

                   On assiste à un huis clos étrange sur lequel la mort plane, sans savoir qui sont les pourritures, qui sont les pourris, juqu'aux pages finales, car il y a incontestablement une progression. Les personnages sont peu nombreux : les étudiantes, qui sont à la fois différentes et semblables ; le professeur qui les fascine, André Harrow ; sa femme, la sculptrice Dorcas, avec son perroquet Xipe Totec...Mais le tout vacille dans une ambiance de sexe et de mort qui s'accorde bien au titre "Délicieuses pourritures". Ce titre renvoie aussi au poème "Nèfles et sorbes" de D.H. Lawrence, écrivain abondamment lu par André Harrow et que ce roman donne envie de (re)découvrir (c'est surtout le recueil Oiseaux, bêtes et fleurs qui est souvent cité et que j'aimerais bien lire, maintenant...).

                    Les étudiantes s'appellent Pénélope, Cassie (diminutif de Cassandra) ou Sybil. La narratrice, Gillian, est surnommée "Philomèle" avec une référence explicite aux Métamorphoses d'Ovide. On est dans une tragédie aux allures de pièces antiques, mais avec un fort ancrage historique, la mention des années 1960 et de l'assassinat de Kennedy. Au final, c'est un livre à la fois court et dense, qui convoque plusieurs réminiscences littéraires, plusieurs questions (faut-il offrir son intimité en pâture pour atteindre la poésie ?), plusieurs thématiques propres à Joyce Carol Oates. Une lecture qui m'a souvent mise mal à l'aise mais très intéressante, en définitive.

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                     Comme je pense lire d'autres romans  de Joyce Carol Oates dans les mois à venir, je rejoins le challenge de George.