arton14109_b67ff  Avant même de commencer cet article, je remarque que c'est le premier depuis février 2010 : le temps passe vite. J'ai été trop occupée depuis pour tenir mon blog, mais je compte bien me rattraper.

          Fille noire, fille blanche est le premier roman de Joyce Carol Oates que je lis. Mais c'est un roman bancal. La trame principale a du mal à tenir la route, et ce, pour une raison fort simple : la narratrice, Genna Meade, est un personnage bien fade, sans réelle envergure, écrasée par l'ombre de la figure paternelle, l'illustre Max Meade, un célèbre avocat défenseur des droits civiques et surveillé par le FBI. Genna Meade, qui ne sait pas exister pour elle-même et vit courbée sous son hérédité, nous décrit sa première année universitaire et surtout sa camarade de chambre, Minette Swift, la fille d'un pasteur afro-américain, "distante", "réservée". L'ennui, c'est que Genna Meade n'a jamais compris sa camarade de chambre ("distante", "réservée", justement...). Elle n'a pas su réagir quand celle-ci se faisait humilier, et, pour tout dire, elle est passée à côté d'elle sans la voir, jusqu'à la tragédie finale. Aussi est-on dans le flou puisque le récit est écrit du point de vue d'une narratrice elle-même dans le flou...

         Si on excepte ce défaut majeur, il faut néanmoins reconnaître que Joyce Carol Oates sait dépeindre les névroses de son pays. Quand elle évoque le Watergate, la Venus hottentote ou "Strange Fruit", le roman prend de l'élan. Quand l'auteur emprunte ainsi des chemins de traverse,  on ne s'ennuie pas : ce sont au contraire ces digressions qui font tout l'intérêt de l'oeuvre, un certain regard sur l'Amérique. Mais c'est le regard de l'écrivain qu'on retrouve alors...En laissant sa parole à Genna Meade, narratrice qui ne fait pas le poids, je doute qu'elle ait fait le bon choix, d'où mon avis mitigé.