9782020682718        Quatrième roman de Thierry Jonquet lu depuis que Stephie a proposé de lui rendre hommage.

  Celui-ci est différent des trois romans lus précédemment. Il est plus long, n'a pas une chute donnant un éclairage neuf sur toute l'histoire. Il brosse un tableau très sombre, très glauque, d'une ville du 9-3, entre "gazelles" qu'on oblige à se prostituer, notamment en leur brûlant les seins, trafics de drogue conduisant à des overdoses, psychopathe gothique coupant les carotides, dégradations, vols de voitures, meurtres, professeurs recouverts de crachats le jour même de la rentrée...Au final, là où les précédents romans de Thierry Jonquet racontaient une histoire glauque, on en lit ici plusieurs qui se croisent, se complètent, s'ajoutent les unes aux autres et se répondent.

  Ainsi, alors qu'on se demandait dans Mémoire en cage comment Cynthia allait réussir à accomplir sa vengeance, on retrouve ici le thème de l'handicapé nourrissant une envie de vengeance. Seulement, c'est devenu anecdotique, une goutte d'eau dans la mer ravagée de l'ensemble. On retrouve aussi le thème de l'emprisonnement, le sparadrap sur la bouche de la victime, les heures passées dans une cave...On pense à Mygale. Sang, meurtre, torture, viols, tout est là, mais le tempo est accéléré : le livre ne s'attarde plus ; tout est devenu anecdotique et sonne l'état d'urgence de notre époque en crise.

   En définitive, ce roman polyphonique, qui traite premièrement de l'éducation rendue impossible dans une zone urbaine sinistrée, avant de se diluer dans les raisons de cette impossibilité, semble reprendre toute l'horreur des romans précédents de l'auteur, mais ses obsessions prennent ici les couleurs du réel. Les actualités, les événements contemporains, les jeunes morts dans un transformateurs électrique, la Palestine et Israël, les "feujs" et le djihad, tout ce qu'on a pu lire dans la presse (Le Monde comme Libération sont d'ailleurs cités) ou voir aux informations, se retrouvent dans ce roman, mais tout se passe dans une seule et même ville, est condensé pour mieux exploser. Le rythme est rapide, le style très familier ;  la violence verbale est partout présente comme la violence physique d'abord suggérée, prête à surgir, puis amplement décrite. Toutes les atrocités trouvent leur place dans ce livre. Alors chef-d'oeuvre ? En un sens, oui, mais âmes sensibles s'abstenir. Roman très noir, véritable coup de poing littéraire. 

(Liens vers les billets de Saraswati et vers la carabistouille dédiée à ce roman ;o) !)