43318330_p  Drame sordide de l'impuissance.

   Pimprenelle me l'avait conseillé, et Stephie avait proposé de rendre hommage à Thierry Jonquet. Ayant adoré la Belle et la Bête (voir plus bas), j'ai donc lu Mémoire en cage, son premier roman (1982), où j'ai retrouvé le commissaire Gabelou, anti-héros blasé dont Thierry Jonquet disait : "Mon flic, Gabelou, ne comprend pas grand-chose ; il est près de la retraite et il en a ras-le-bol."

        On comprend Gabelou...Tout est glauque dans Mémoire en cage, à commencer par l'héroïne, Cynthia, coincée dans son fauteuil roulant comme les héros grolandais du film Aaltra. Mais là où les voisins picards partent porter réclamation auprès de l'entreprise finnoise qui a fabriqué la benne de tracteur qui s'est écrasée sur eux, Cynthia, elle, ne va pas bien loin. Elle a quinze ans, bave, est machiavélique à l'intérieur, réduite à l'état de légume à l'extérieur. On lui change sa serviette quand elle a ses règles ; on la nettoie quand elle est sale ; on la cloue devant la télévision. Un autre handicapé, fan de Chantal Goya, la touche en profitant de son état ; un obsédé sexuel succède à ses infirmières.

     Mais Cynthia ne veut qu'une chose : tuer l'ordure qui l'a mise dans cet état. Drame sordide, donc, en trois temps : "Qui ?", "Pourquoi ?", et surtout "Comment ?" Comment Cynthia va-t-elle s'y prendre alors qu'elle est impotente ? Thierry Jonquet ménage le suspense jusqu'au bout : c'est cru, c'est glauque, mais terriblement retors.

  18379482_w434_h_q80